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 medias cause de terrorisme.
Par G.D. le samedi 04 mars 2006

C'est notre méconnaissance des autres, de leur vécu, de leur passé, de leurs souffrances, de leur mémoire collective qui façonne notre environnement sécuritaire et donne corps aux menaces de violence . Le dicton « l'on peut rire de tout mais pas avec tout le monde » est plus que jamais vrai, et les plaisanteries danoises ne font pas forcément rire en Indonésie. . Si Ben Laden a bien réussi quelque chose, c'est à poser les germes d'un "affrontement des civilisations". Les attentats de 2001 ne constituent cependant ni l’acte fondateur d’une violence se réclamant de l’Islam, ni la déclaration d’une « guerre des civilisations », ni une nouveauté dans les rapports entre l’Occident et le Monde musulman Les grands médias qui ne s’ intéressaient à la violence islamiste avant 2001 qu’épisodiquement et superficiellement à l’occasion d’attentats marquants pour s’en désintéresser aussi vite, consacrent aujourd’hui, quasi quotidiennement et sans compter, heures d’antennes et dossiers spécialisés au phénomène, accumulant témoignages de pertinence inégale et avis d’experts plus ou moins autorisés Dans l'imaginaire occidental, le « barbu » a remplacé le « péril jaune » ou « le bolchévik au couteau entre les dents ». Ne nous étonnons pas que les Musulmans soient maintenant hyper attentifs et réactifs au regard que nous portons sur eux. Ne nous étonnons pas non plus que ceux qui exploitent la rue musulmane à leurs propres fins exploitent ces réactions L'affaire des « caricatures de Mahomet » « sort » au moment ou la Confrérie des Frères Musulmans vient d'arracher un pouvoir contesté en Palestine via le Hamas qui est une de ses émanations. La Confrérie n'y avait pas vu malice depuis quatre mois que cela traînait sur Internet. Le débat sur les caricatures oblige les Occidentaux à modérer leurs critiques du mouvement extrémiste palestinien Les Frères nous ont habilement, comme à leur habitude, mis devant nos propres contradictions. Si nous nous battons la coulpe, nous perdons tout crédit. Si nous campons sur la liberté d'expression pure et dure en laquelle heureusement nous croyons, on nous fera observer qu'elle est chez nous à géométrie variable et applicable seulement aux contempteurs de l'Islam, ceux qui se moquent du Christianisme ou du Judaïsme tombant sous le coup de la loi ou au moins de la réprobation publique. Le terrorisme « islamique » auquel les pays occidentaux - mais aussi les pays musulmans qui en sont les premières victimes – ont à faire face depuis le début des années 90 constitue en effet la troisième vague de violence politique internationale issue du Moyen Orient après le terrorisme euro-palestinien des années 70 et les différents terrorismes d’État (Iran, Syrie, Libye) des années 80. La genèse et la construction de cette violence sont le résultat de la rencontre dans l’espace et dans le temps et de la synergie sur près d’un quart de siècle de trois types de dérives politiques a priori étrangères les unes aux autres. La première dérive est constituée par l’internationalisation et l’évolution vers la violence de la frange extrême de la Confrérie des Frères Musulmans après l’assassinat d’Anouar es-Sadate. Suite à l’impasse dans laquelle la Confrérie s’est trouvée après le coup d’État manqué contre le Président Sadate ses membres les plus extrémistes, constitutifs des Jamaa Islamiyyah (Groupes islamiques, Bandes islamiques), se sont dispersés dans le monde arabe et musulman ainsi que dans les pays occidentaux à fortes minorités musulmanes La deuxième dérive a été fournie par l’activisme islamique saoudien après la révolution islamique iranienne. Dès la fin des années 70, le pouvoir politique et religieux de la famille Saoud s’est senti menacé sur deux fronts. Sur le plan religieux, par la révolution islamique d’Iran qui contestait son monopole fondamentaliste et sa légitimité dans la garde des Lieux Saints. Sur le plan politique, par le développement dans le monde arabe et musulman du rayonnement d’États ou d’organisations à vocation laïque ou « proto-démocratique » (Turquie, Algérie, Tunisie, Syrie, Iraq, Jordanie, Égypte, OLP, etc.). L’Arabie a réagi à cette double menace en essayant de s’assurer un contrôle international de l’Islam, en particulier dans les lieux ou il est mal « fixé » (Afrique, Asie du Sud-est, Caucase, communautés émigrées en Occident) afin de promouvoir sa légitimité religieuse face à la propagande iranienne et d’affaiblir l’influence des régimes « progressistes » (Algérie, Tunisie, Syrie, Irak, Égypte etc.) ou tout simplement considérés comme rivaux en Islam (Libye, Yémen, Maroc, Jordanie). Faute de capacités techniques et de personnels compétents, cette stratégie s’est traduite par le moyen unique de la distribution considérable mais mal contrôlée de fonds au travers d’initiatives privées ou publiques, d’ONG, d’associations « caritatives », d’organismes financiers. Il en est résulté deux effets pervers. Le premier a été une escalade de l’affrontement et une concurrence dans la propagande et la violence avec l’islamisme chiite contrôlé par l’Iran pendant la décennie 80. Le second est que les moyens ainsi libéralement distribués ont été rapidement récupérés par la seule mouvance islamique sunnite organisée au plan international, l’organisation extérieure activiste de la Confrérie des Frères Musulmans, dans un but de propagande et de recrutement à ses propres fins. La troisième dérive résulte de l’utilisation mondiale des mouvements fondamentalistes musulmans sunnites par les services américains et ceux de leurs alliés dans la lutte contre l’Union soviétique et les partis communistes locaux ainsi que dans la politique d’isolement de l’Iran. On a ainsi assisté dans la décennie 80 à une spectaculaire montée en puissance des mouvements combattants fondamentalistes suivie de leur abandon plus ou moins brutal après la chute du régime soviétique. Ils se sont donc retrouvés en déshérence à partir de 1990, sans objectifs clairs mais pas sans idéologie ni surtout sans « maîtres » et leur capacité opérationnelle a été le plus souvent récupérée par la structure internationale de la Confrérie des F.M. évidemment présente sur tous les théâtres d’affrontements. Il découle de cette longue maturation - qui s’étale pratiquement sur une génération - ainsi que de la gestion du phénomène par une organisation sectaire sans responsabilité étatique, nationale ou même communautaire, que la violence politique islamiste actuelle est un phénomène de culture plutôt qu’un phénomène de posture. La violence politique « salafiste » actuelle – quelle que soit son ampleur – ne témoigne ni crainte ni irrespect pour la loi et ses moyens de contrainte. Elle les ignore, elle s’exerce sans aucune référence à un quelconque corpus juridique, national ou international même musulman. Il s’agit bien d’un fonctionnement sur le mode d’une secte en faisant couler le sang des adversaires mais aussi celui de ses propres partisans érigés en « martyrs » afin que nul n’ait la tentation de s’apitoyer sur les victimes ou de s’interroger sur la méthode. En ce sens, la violence politique islamiste s’analyse en un phénomène de culture. Face à ce phénomène de type sectaire et relativement marginal (les enquêtes les plus sérieuses montrent aujourd’hui que la Qaïda de Ben Laden ne comptait que quelques centaines de membres), on est cependant loin du « clash des civilisations » que redoute Huntington. S’il y a un tel affrontement, il viendra de l’Occident parce qu’il aura commis l’erreur d’ériger la guerre contre les terroristes en guerre contre l’Islam, de déclencher un « affrontement du Bien contre le Mal », de promouvoir le concept aberrant d’une « Guerre contre la terreur (War on terror) ». On ne fait pas la guerre à la terreur, on fait la guerre à des terroristes. La distinction est importante car, si les Jamaa Islamiyyah ont une stratégie globale du Maroc aux Philippines et de Bosnie en Somalie, en passant par nos banlieues, elles n’ont ni commandement unifié ni tactique arrêtée. Elles font ce qu’elles peuvent, quand elles peuvent, comme elles peuvent, avec qui elles peuvent, pourvu que cela s’inscrive dans l’objectif stratégique de rupture radicale avec l’Occident, d’affaiblissement et d’isolement des pays arabes et musulmans qui est recherché 1- La menace est globale. Aucune collectivité, État ou organisation n’est à l’abri à partir du moment où cette collectivité est susceptible ou capable d’intervenir dans le monde musulman sous quelque forme que ce soit, militaire et politique, bien sûr, mais aussi économique, culturelle, sanitaire ou sociale. Dans cette optique, ce n’est pas un paradoxe que ceux qui se veulent, souvent très sincèrement, « les meilleurs amis des Arabes et des Musulmans » soient les premiers visés. Ce sont en effet ceux qu’il faut prioritairement décourager de toute volonté de solidarité ou d’intervention. 2- La menace est directement proportionnelle à la capacité de la collectivité visée d’intervenir dans le monde arabe et musulman. Si les États-Unis et Israël sont les premières cibles, l’Europe vient immédiatement derrière au Maghreb et au Moyen Orient par ses multiples liens et intérêts. 3 - La menace est imprévisible dans la mesure où les Jamaa n’ont pas de tactique précise. Leur pragmatisme les entraînera à frapper où c’est le plus facile et le plus voyant, où on pourra trouver sur place ou importer facilement des exécutants prêts à tout. Dans ce domaine l’Europe, avec ses communautés musulmanes nombreuses et ses législations tolérantes sur la circulation des personnes et des marchandises, est en première ligne. 4 - Le pire est à venir. Si le point d’application de la menace est difficilement prévisible parce que la stratégie est planétaire et opportuniste, il faut cependant s’attendre à une surenchère constante dans la dimension et la symbolique. Après le 11 septembre, la crédibilité du système veut que l’on fasse toujours plus, soit dans la dimension (Madrid), soit dans la symbolique de l’horreur (exécutions ou mutilations médiatisées). 5 - La prévention de ce genre de menace par moyens sécuritaires classiques est d’autant plus ardue que les groupuscules porteurs de cette menace sont impénétrables. Cette difficulté provient de l’aspect culturel du passage à la violence, du recrutement sectaire des candidats terroristes, du caractère opportuniste des actions violentes. Il n’y a pratiquement pas dans ce domaine de professionnels de la violence, les Frères Musulmans entretiennent sur de longues périodes dans tous les pays où ils sévissent un vaste vivier culturel d’exclusion et de violence. 6 – Contrairement aux différents terrorismes des décennies précédentes l’activisme violent des Jamaa Islamiyyah est un terrorisme de rupture et non un terrorisme de négociation. Dans ces conditions, il apparaît qu’une lutte préventive efficace suppose une connaissance approfondie du phénomène activiste afin que les inévitables « procès d’intention » que suppose la prévention – qui s’exerce par définition avant l’exécution de l’acte violent – s’exercent contre des objectifs justifiés et ne s’analysent pas en procès de l’Islam et des Musulmans, objectif justement recherché par les activistes dans un cycle terroriste classique de « provocation-répression ». . Les Frères ont en effet bâti leur système sur une certaine forme de populisme paternaliste et réactionnaire jouant sur des grandes masses versatiles et non sur des minorités activistes professionnelles bien tenues en mains. Dans le Tiers-monde, ils jouent sur le fait que les États ont en général « déserté » le terrain culturel, sanitaire et social. En Occident, ils jouent sur diverses formes d’exclusion dont sont l’objet les minorités musulmanes immigrées pour les amplifier et les exploiter. Partout, ils utilisent les contentieux locaux impliquant des Musulmans pour en donner l’aspect d’une irréductible guerre de religion, de culture ou de civilisation. Parmi les minorités émigrées en Occident et jusque dans les pays musulmans eux-mêmes, ils se sont arrogés - grâce aux fonds des pétromonarchies distribuées par des ONG à vocation religieuse, éducative ou pseudo-humanitaire - une sorte de monopole sur l’Islam, sur son interprétation, sur son organisation, sur son enseignement. . Il faut à l’évidence reconquérir ce terrain en repensant l’organisation de la religion musulmane et la formation des cadres religieux pour les mettre à l’abri de l’influence exclusive des plus extrémistes. Cette démarche est d’autant plus opportune que le monopole interprétatif des Frères est contraire à l’Islam lui-même.. Enfin – et peut être surtout – les Jamaa sont extrêmement vulnérables à la perte de ressources financières qui constituent à la fois leur principale motivation et leur moyen d’action privilégié.. Ce qui est en jeu, ce sont les sommes énormes qui permettent aux Frères d’assurer leur influence et leur prédominance dans l’organisation de la religion musulmane. C’est l’ensemble des fonds qui leur permettent de développer leurs actions associatives et soit disant caritatives dans les pays du Tiers-monde et les milieux immigrés démunis. C’est le financement des imams extrémistes, des agents d’influence, des centres de formation, de propagande et de recrutement. C’est, enfin, la prise en charge des familles des volontaires de la violence. Ces moyens proviennent pour une faible part de cotisations plus ou moins spontanées de sympathisants émigrés ainsi que d’activités délictueuses plutôt mineures et, pour la majeure partie, de « généreux donateurs » plus ou moins bien intentionnés de la Péninsule arabique et du Golfe. Sans cette manne, les Jamaa Islamiyya ne sont plus rien et ne sont plus en mesure d’organiser et canaliser les différentes formes d’activisme islamique à leur profit exclusif dans le Monde musulman et le reste du monde. Notre corpus juridique européen et occidental n’attribue pas un caractère délictueux à ces financements qui, le plus souvent, n’ont pas la violence terroriste comme objectif direct. Il n’en reste pas moins que le résultat est là et qu’il faudra bien le prendre en compte sans renier nos propres valeurs. Ce n’est donc pas faire injure à l’intelligence des Occidentaux que de leur rappeler sans cesse que le Monde arabe et musulman est un monde complexe qu’il faut, comme disait le Général De Gaulle, tenter de comprendre en « l’abordant avec des idées simples ». Que leur action soit violente ou plus subtile - comme dans la controverse sur le voile - la stratégie des Frères passe avant tout par l'exploitation médiatique de leurs initiatives. Si nous tentons de concilier l'inconciliable - c'est à dire la liberté d'expression avec le fondamentalisme islamique - nous ne ferons qu' amplifier et médiatiser la polémique et nous faisons leur jeu. Alain Chouet, ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la DGSE Site Internet : http://alain.chouet.free.fr Nota : cettte analyse est plus longuement développée et argumentée sur www.embarcadere 74. com. Elle a été réalisée par un expert mondialement reconnu, érudit de l’islam et de la civilisation arabe, professionnel de la Sécurité talentueux qui a su insuffler à la lutte contre le terrorisme une méthodologie pertinente et novatrice . Il a toujours pensé son action en terme de valeurs humaines et de connaissance rigoureuse. Son propos est celui d’un humaniste soucieux d’un monde juste, victorieux des idéologies totalitaires des « forts » qui prétendent imposer aux « faibles » leur caricature à peine voilée de la liberté . Qu’il ma pardonne d’avoir réduit, peut-être détérioré son oeuvre. Mais il me semblait prioritaire qu’elle soit largement diffusée, à l’heure où ces médias qui, par manque de culture ou totalitarisme idéologique, favorisent la montée du risque terroriste en Europe se sont aussi arrogés le droit de choisir nos candidats à l’élection présidentielle jusqu’à les imposer aux pertis de ces derniers, sur la base de sondages. Des sondages qui, en 2002, n’avaient rien vu venir. Oh, espoir, peut-être existe-t’il quelque part un candidat de valeur « caché », qu’ils ne prévoient pas et donc ne polluent pas.

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