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> Opinion Novlague et décret officiel
Novlangue et décret officiel
J'ai reçu, il y a quelques jours, une injonction officielle m'invitant à remplacer le terme « email » par son équivalent français « courriel » sur toutes les pages web du site internet de l'Université de Perpignan. En effet, « email » est la contraction de l'anglais « electronic mailing », signifiant « courrier électronique ».
Mais alors, il faudrait ne plus employer le terme « internet » lui-même, issu de la contraction « international network », pour lui préférer son équivalent français « resinter » ou « interres ». Mais, au fait, que signifie « web » ? Dans la foulée de ce nettoyage du vocabulaire, oubliez vos « week-end » et perdez votre « feeling » ; n'achetez plus de « playstation » ou autres « gameboy » à vos enfants ; rayez le « camping » et congédiez votre « baby-sitter ». Et que deviennent nos « stars », nos « managers » et autres « supporters » ? Mais pourquoi s'arrêter à l'anglais ? Y aurait-il comme la trace d'un soupçon de racisme au nom d'une préférence nationale bien déplacée ? Où serait-ce la manifestation inavouée d'un complexe d'infériorité ? Car que faisons-nous des expressions latines, de notre commode post-scriptum et précieux C.V., des casus belli et autre statu-quo ? Puis supprimons la numération arabe et les lettres grecques de nos mathématiques bien françaises. Il suffit...N'est-ce pas là de l'eugénisme linguistique ? Les langues vivent et évoluent par le brassage et l'innovation, non par décret officiel [1].
Les américains ont inventé le courrier électronique pendant que nous nous demandions comment défendre le monopole des P.T.T. ou développer un technologie française [2]. Tout innovateur baptise sa création ; c'est le droit moral du premier arrivant. Le continent américain doit d'ailleurs son nom d'origine européenne au navigateur italien Americano Vespucci qui fut le premier à en faire le tour. Il est rare que les imitateurs parviennent à rebaptiser les techniques qu'ils adoptent. Pensons enfin à ce qu'il est advenu de l'Espéranto, cette langue officielle construite par des experts mais que personne ne parle. On ne construit ni une langue ni une culture ; elles se construisent selon un processus évolutif qui échappe à tous, même à ceux qui ont le pouvoir...
Enfin, si la langue anglaise rayonne comme langue de travail dans les affaires et dans les sciences aujourd'hui, c'est qu'un jour pas si lointain, les américains, canadiens, anglais et australiens se sont mobilisés pour que nous ne parlions pas tous...l'allemand.
Jean-Louis Caccomo
Perpignan, le 30 novembre 2004
[1] Dans le même temps, je reçois pour consigne officielle, en tant que président du jury du baccalauréat, de ne pas être trop regardant sur les fautes d'orthographes qui encombrent les copies des lycéens, appelés à devenir nos futurs étudiants. C'est à perdre son latin...Mais la manipulation officielle de la langue conduit à perturber le correcteur lui-même : faut-il écrire la professeure, la professeur ou la professeuse ?
[2] Voir, à ce sujet, mon article "Technologie : le danger des solutions nationales", publié dans le Figaro, supplément Economie, le vendredi 19 décembre 1997.
     
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