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Les chiffres et les maux


Il est impossible de trouver une solution à un problème mal posé.

Depuis que des esprits brillants et perspicaces réfléchissent sur la question économique, la connaissance économique élémentaire nous enseigne que le marché, malgré ses limites et nombreuses imperfections, constitue un mécanisme régulateur autant incontournable qu'inégalable. Cependant, ce mécanisme est à la fois fragile et puissant.

Fragile parce que les nombreuses entraves issues d'une réglementation inadaptée et par nature rigide sont susceptibles de le faire voler en éclat. Il est plus facile de détruire une économie qui fonctionne bien que de remettre en marche une économie qui ne fonctionne plus ; de la même manière qu'il est plus facile de dilapider l'héritage légué par les générations passées plutôt que de transmettre un héritage aux générations futures.

Puissant car, même si à peu près tout le monde se retrouve pour critiquer le marché, même si tout le monde cherche à échapper à sa loi, celle-ci finit toujours par s'imposer. Le marché existe malgré nous et à notre insu. Mais dans les pays où il était officiellement interdit, rien ne pouvait empêcher l'apparition d'un "marché noir".

Considérons l'exemple du cartel pétrolier de l'OPEP. Notons au passage qu'un cartel d'entreprises serait considéré comme illégal en vertu des lois anti-trust alors qu'un cartel constitué d'Etats fait parti du théâtre géo-stratégique international. Evidemment, dans leur grande sagesse, les Etats ne sauraient se plier aux lois qu'ils imposent aux entreprises. Ce cartel s'est constitué parce que les principaux Etats producteurs pétroliers n'acceptaient pas que le prix du pétrole leur échappe et qu'il soit fixé par les pays développés. Par contre, cela ne leur a posé aucun problème de nationaliser une ressource découverte et mise en valeur par d'autres...

Mais le prix des automobiles échappe aussi bien à Renault, Peugeot qu'à Toyota. Le fait que les bourses sur lesquelles s'échangent les matières premières soient localisées dans les pays industrialisés ne signifie pas que ce sont ces derniers qui imposent leur prix.

Les membres de l'OPEP ont cru pouvoir imposer leur prix de la même manière que les Etats, dans les pays industrialisés, ont l'illusion de contrôler les prix et les salaires lorsqu'ils s'aventurent à réglementer des marchés.

L'histoire nous apprend que les lois de l'économie, trop longtemps contrariées, reprennent toujours le dessus. Et quand ce jour vient, l'ordre social est souvent emporté.


Jean-Louis CACCOMO







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