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> Opinion Le règne du Ni-Ni
Le 15 février 2002, le Président Jacques Chirac avait promis aux médecins en colère que la Sécurité sociale ne serait « ni étatisée, ni privatisée ». Aujourd'hui, Jean-Pierre Raffarin, devant la fronde des agents d'EDF et la menace de « grèves préventives » dont la France a le secret de fabrication, a déclaré qu'il n'y avait « ni report du projet de changement de statut, ni privatisation ». Cette stratégie du ni-ni, inaugurée par Mitterrand, n'a pas valu un succès flagrant à la droite.
C'est normal : à l'époque de Mitterrand, elle était un aveu à peine déguisé d'échec de la politique socialiste. Alors pourquoi ressortir la même antienne ?
Ce pays est, depuis quelques décennies maintenant, bloqué dans une situation étrange : tout le monde fait le même constat d'immobilisme et de crispations qui paralysent à la fois la société et le pouvoir, et entretiennent un divorce croissant et dangereux entre la société et ses élites ; mais personne ne veut assumer la responsabilité d'un véritable changement. On change de ministres, certes ; mais change-t-on réellement de politique ?
Avec les cohabitations à répétition, le « ni-ni » est devenu une sorte de feuille de route, érigée en dogme, et qui s'est progressivement substituée à la Politique : ni « grand bond en avant », ni retour en arrière ; ni libéralisme, ni socialisme ; « oui à l'économie de marché, non à la société de marché » avait dit Lionel Jospin en son temps ; « je suis économiquement de droite mais socialement de gauche » avait affirmé Le Pen tout émoustillé d'avoir passé le premier tour des dernières présidentielles. Ainsi, tous nos dirigeants, et tous les candidats au poste suprême, proclament haut et fort qu'ils ne veulent, pour la France, ni du « capitalisme sauvage » à l'américaine, ni du communisme réel à la mode soviétique, déclinant le thème de l'introuvable « troisième voie » entre socialisme et libéralisme.
Pourtant, personne ne semble voir que la France est précisément en panne de croissance et d'idées parce que bloquée dans cette illusoire troisième voie. Le problème aujourd'hui n'est pas de trouver et de mettre en ouvre cette troisième voie, mais c'est plutôt d'en sortir ! A la décharge du personnel politique, les français eux-mêmes ne disent-ils pas "avoir le coeur à gauche et le portefeuille à droite" ? Nous avons les élus que nous méritons...
Il n'en demeure pas moins que, comme l'auront illustré les exemples de Bull, du Crédit Lyonnais, de France-Télécom et de tant d'autres dossiers (les nationalisations de 1981, le Plan Calcul ou autre plan Câble, ou encore la régulation catastrophique du secteur de la santé), la troisième voie - qui prétend donner la possibilité aux hommes et femmes politiques de « réguler » l'économie en « humanisant la mondialisation » - est une impasse dans laquelle notre pays est toujours enfermé.
Tous les pays - naguère appelés les non-alignés ou ceux qui se référaient au modèle Rhénan - qui ont tenté de suivre cette fameuse troisième voie entre l'économie de marché d'un côté et l'économie administrée de l'autre côté, sont soit en faillite, soit en réformes profondes. Il n'y a aucune exception à la règle. La France aurait-elle une potion magique qui lui permettrait de vivre si longtemps au-dessus de ses moyens en étant le seul pays au monde à poursuivre la chimère d'un modèle économique alternatif ?
Jean-Louis CACCOMO
8 avril 2004
     
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