|
   
> Actualité Le livre du mois:Luc Ferry
« Ou bien tu acceptes, ou bien tu renonces pour toujours, à critiquer ce qui se fait ».
L'opinion est lapidaire dans la bouche de Mme Ferry, et l'argument fait mouche : son philosophe de mari sera ministre de l'Education Nationale.
Il mettra deux ans à comprendre pourquoi trois poids lourds de l'actuelle majorité ont décliné l'offre avant que Jean-Pierre Raffarin ne pense à lui. Son dernier livre « Comment peut-on être ministre » est un bilan à chaud de son passage rue de Grenelle. A l'inverse d'un Edouard Balladur qui développe une analyse politico-historique de son passage aux affaires (« deux ans à Matignon », Plon 1995), Luc Ferry emprunte à l'essai philosophique . Il ne cède à la chronique que pour illustrer son propos : son livre n'est pas (qu')un règlement de comptes.
Le penseur devenu acteur fait le tri entre ses réussites (refus de payer les jours de grève) et ses échecs (abandon de la réforme sur l'autonomie des universités) et décrit le cheminement de sa pensée (loi sur la laïcité). Dans un logique stoïcienne, il distingue ce qui dépend de lui de ce qui n'en dépend pas. Le pouvoir médiatique est analysé avec lucidité : les exemples abondent où la calomnie n'égale que la mauvaise foi. La logique de communication explique aussi pourquoi la forme du langage politique l'emporte sur le fond. « Quand la droite se heurte à une résistance, elle a tendance à céder, puis à repeindre toute sa politique en des couleurs vertes et roses, qui sont sans doute charmantes mais ne sont point les siennes. Double erreur à mes yeux. »
Quelques responsables ne sortent pas indemnes : Jack Lang, bien sûr, mais aussi François Bayrou qui pourtant le nomma à la tête du CNP. Si le premier ministre et le président de l'UMP sont épargnés, les renoncements tactiques de l'Elysée apparaissent comme autant d'erreurs politiques.
La question de la gouvernabilité des sociétés modernes qui est le fil conducteur du livre se résout en une conclusion qui est un hymne à la démarche des clubs de l'Embarcadère.
Citation :
« Pour développer ces lumières, il faudra, au lieu d'ironiser sur les lieux de libre réflexion en quoi le poujadisme technicien ne voit jamais que des comités théodules, multiplier au contraire à dessein les institutions où les intellectuels, les chercheurs, les êtres de culture, d'art et de science peuvent s'exprimer sur la vie de la cité. Nous avons besoin de véritables foyers d'échange et de débat, en marge de la politique active comme de la presse afin qu'ils ne soient pas déterminés à priori par une logique de communication. »
On ne saurait mieux dire...
Pierre Favre

     
|
 |



|