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> Actualité Intervention de Charles MILLON au Conseil Municipal de LYON
Monsieur le Maire, je vous remercie de me donner la parole. Je parlerai en tant que membre de ce Conseil municipal et également en tant que représentant de la France auprès de la FAO, du Programme alimentaire mondial et du FIDA car je pense que les événements que l'on vient de vivre sont assez exceptionnels pour nous permettre, au niveau de la Ville de Lyon et de la Communauté urbaine, de se pencher sur le dossier du développement.
En effet, le 26 décembre dernier, le Sud-Est asiatique a été frappé par une catastrophe naturelle résultant d'un tremblement de terre et d'un tsunami d'une dimension exceptionnelle. Comme vous venez de le rappeler, plusieurs pays ont été dévastés : l'Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka, l'Inde, la Somalie, les Maldives, ... et l'émotion mondiale a été d'autant plus forte que plus de 250.000 personnes ont perdu la vie, que des centaines de milliers de personnes ont perdu maison, outil de travail, source de revenu, qu'il y a encore aujourd'hui des milliers de disparus et que nombre d'enfants sont aujourd'hui malheureusement orphelins. Les équipements publics ont été totalement détruits et des questions graves, telles que l'alimentation, l'eau potable et l'énergie se posent aujourd'hui.
La solidarité internationale, vous venez de le rappeler, Monsieur le Maire, pour faire face à l'urgence a été exceptionnelle, sinon même extraordinaire. Je me félicite que la Communauté urbaine et que la Ville de Lyon se soient associées à ce mouvement de solidarité. Mais vous le savez, Monsieur le Maire, vous venez de le rappeler, une fois l'émotion passée - or la politique ne peut se réduire à des réactions émotionnelles - une fois les questions d'urgence traitées, lorsque les médias auront changé de préoccupation, lorsque les télévisions ne seront plus braquées sur ces pays, les problèmes les plus importants resteront à traiter. Il s'agit en l'espèce de la remise en culture de terres dévastées, de la reconstitution des ressources haliotides pour des pays marins, de la reconstruction des habitations, de la remise en état des réseaux routiers, de l'électricité ou de l'eau potable.
De plus, il convient de se rappeler que même si ce tsunami a provoqué une émotion extraordinaire, il ne doit pas faire oublier les autres catastrophes que l'on constate dans le monde et qui, souvent, sont presque plus dramatiques. Je peux simplement citer, pour mémoire, le Darfour, la corne Nord-Ouest du Congo, Haïti, la pandémie du Sida qui aujourd'hui frappe l'Afrique et même certaines régions du Sud-Est asiatique.
La communauté internationale, vous le savez, Monsieur le Maire, dispose aujourd'hui d'organismes dédiés à cette mission du développement, l'aide d'urgence et de soutien en voie de développement. Il s'agit du Programme des Nations Unies pour le Développement, le PNUD, de la Banque mondiale mais aussi des organismes auprès desquels j'ai l'honneur de représenter notre Pays : le Programme alimentaire mondial, la FAO ou le Fonds International pour le Développement Agricole.
L'Europe a, elle aussi, mis en place un certain nombre de procédures et d'organismes pour soutenir ces projets de développement. La France, comme la plupart des nations, participe au financement de ces programmes, de ces organisations. Mais aujourd'hui, que constatons-nous ?
1- Que c'est loin d'être suffisant et que les besoins dépassent actuellement le montant des financements.
2- Que trop souvent les approches utilisées par ces organisations sont, par certains aspects, trop technocratiques, trop bureaucratiques, trop administratives.
C'est pourquoi, avec vous Monsieur le Maire, je me félicite que l'on assiste partout dans le monde, et en particulier en France, à une mobilisation des collectivités territoriales, pour financer ce développement. Simplement, si ces collectivités mènent chacune de leur côté des actions dans le domaine du développement, on risque des actions désordonnées, un gaspillage et même parfois des incohérences. C'est la raison pour laquelle je souhaite que, compte tenu de son histoire, de sa tradition - vous l'avez rappelé en citant tout à l'heure les grandes organisations humanitaires nées à Lyon : Bioforce, Handicap International, Vétérinaires sans frontières et je ne peux les citer toutes- que Lyon, du fait de son histoire et de sa tradition, puisse jouer un rôle majeur dans le domaine du développement et de la coopération décentralisée.
C'est pourquoi je propose :
1- Que Lyon prenne l'initiative soit de constituer, soit de renforcer, soit d'animer un réseau de collectivités locales, françaises ou européennes, décidé à engager des actions coordonnées dans les domaines économique, social, culturel et autre pour les pays aujourd'hui touchés par des catastrophes du type de celles auxquelles on fait référence, ou pour des pays touchés par la misère ou en voie de développement.
2- Que Lyon propose aux sociétés prestataires de la Ville et de la Communauté urbaine dans des domaines tels que celui de l'eau, de l'énergie, des grands équipements, routiers notamment, de se mobiliser avec les collectivités locales pour porter des programmes de développement.
Je sais que ces grandes entreprises sont souvent prêtes à s'engager auprès des collectivités territoriales pour pouvoir porter des projets auprès des pays en voie de développement.
3- Que Lyon, avec le réseau des grandes villes et les entreprises concernées, se rapproche des organisations internationales telles que la FAO, le Programme alimentaire mondial, le Fonds International pour le développement agricole, afin d'engager des actions sur le long terme et des actions d'envergure.
Aujourd'hui, Monsieur le Maire, ces organisations souhaitent renforcer ce type de coopération. Jusqu'à ces dernières années, leur financement ne relevait que des Etats, que des Nations, aujourd'hui elles souhaitent diversifier leur financement et permettre à des collectivités territoriales de s'inscrire dans les programmes qu'elles définissent. Ainsi, la FAO a mis en place une cellule chargée de la coopération décentralisée, animée par une de nos concitoyennes qui est toute prête à venir travailler avec Lyon et toutes les autres communes le souhaitant pour pouvoir définir des programmes spécifiques dans le cadre de la programmation de la FAO.
Personnellement, en tant que représentant de la France auprès de ces organisations, je suis disposé à suivre auprès d'elles, les dossiers qui pourraient être présentés par Lyon, le réseau des villes qui serait mobilisé à cet effet et par les entreprises qui accepteraient d'accompagner cette démarche. Si tel était le choix de notre assemblée, si tel était votre choix, Monsieur le Maire, je suis sûr qu'ainsi la Ville de Lyon inscrira son action en faveur du développement dans le long terme et dans le cadre multilatéral si nécessaire aujourd'hui. Que la Ville de Lyon s'affirmera comme une cité « chef de file » des collectivités prêtes à porter la solidarité et à s'engager pour le développement de ces pays qui souffrent tant. Que la Ville de Lyon participera, enfin, à la mise en cohérence des actions de développement en inscrivant son action dans le cadre de programmes définis et menés par des organisations internationales.
Monsieur le Maire, j'ai bien écouté vos propos, ainsi que ceux de M. Huguet et je souhaite évidemment qu'une unanimité puisse se faire dans cette action car je pense que toute dissension ou toute division serait de mauvais aloi par rapport aux drames qui sont, actuellement, le lot de tous les jours dans le monde que nous connaissons. Merci Monsieur le Maire.
(Applaudissements.)
     
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