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> Dossiers et débats Forum d'aix en Provence
La BCEAO au service de l'Afrique de l'Ouest
Charles Konan Banny est gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest depuis 1990. Cet Ivoirien qui travaille à Dakar a bien voulu participer à notre forum forum et répondre à nos questions.
Quand a été créée et à quoi sert la BCEAO ? combien de pays regroupe-t-elle ?
Elle a 45 ans, puisqu'elle a été créée en tant qu'institution juste au lendemain des indépendances de 1960. Elle est la seule qui a résisté au phénomène de la balkanisation, la seule pour laquelle les États ont accepté de transférer une partie de leur souveraineté, dans le domaine monétaire. Elle gère donc une monnaie commune, le franc CFA Communauté financière africaine , pour 8 pays : le Bénin, le Burkina Fasso, la Côte-d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle dispose des attributions des banques centrales et définit la politique monétaire de ces pays. Tout au long de l'Histoire, elle a connu des allées et venues, car tous les anciens territoires de l'Afrique occidentale française n'ont pas adhéré à la zone monétaire unique : 6 ont accepté, un 7e est venu les retrouver le Mali tout comme la Guinée-Bissau, venue de l'aire portugaise, tandis que la Mauritanie s'est retirée.
Quelles sont les relations de la BCEAO avec la France et l'Europe, notamment au travers de l'euro ?
Les pays membres de l'Union monétaire ont signé un accord de coopération monétaire avec la France, qui assure la garantie de convertibilité du franc CFA. En contrepartie, la convention entre la BCEAO et le Trésor français oblige les pays de l'Union à déposer une partie de leurs avoirs auprès dudit Trésor ; par le biais de cet accord, le franc CFA est arrimé à une parité fixe. Depuis l'apparition de l'euro, les relations ont été transférées sur la monnaie européenne.
Avez-vous une politique monétaire autonome ?
Nous avons une politique autonome, dont l'objectif est d'assurer la stabilité des prix et la croissance économique. Les instruments en sont totalement maîtrisés par le conseil des ministres des Finances, sans aucune présence d'un représentant français. Le fait que le taux de change soit fixe ne se révèle aucunement incompatible avec des acteurs autonomes, même si tout est interdépendant.
Croyez-vous à l'Eurafrique et que doit-elle être ?
J'en suis un chaud partisan. Il y a là une zone de solidarité qu'il faut organiser entre les deux continents les plus proches l'un de l'autre. Cette proximité, adossée aux relations historiques et culturelles, oblige les uns et les autres à bâtir l'Eurafrique pour un développement partagé.
Qu'attendez-vous plus particulièrement de la France ?
Nous attendons qu'elle joue son rôle historique et soit à sa hauteur. Puissance colonisatrice, elle avait sous sa responsabilité un certain nombre de pays qui se sont émancipés. Maintenant, il faut des rapports de coopération. Ceux qui sont pessimistes ont tort. Il faut au contraire beaucoup d'enthousiasme et relever le défi du développement pour sortir l'homme d'une situation de précarité ; cet enthousiasme doit s'accompagner d'humilité et de réalisme.
Vous avez fait entreprendre une histoire de l'Union monétaire ouest-africaine. Pourquoi ?
Parce que c'est un devoir de mémoire. Plutôt que de laisser écrire cette histoire par d'autres, il fallait qu'elle le fût par les Africains eux-mêmes, afin de la restituer aux générations futures. C'est aussi une manière de rompre avec l'oralité africaine en mettant en valeur l'écrit.
Jean Étèvenaux
     
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