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Arrêts de travail et mise en examen


La vraie solidarité, c'est tout mettre en oeuvre pour ne pas être à la charge des autres.
 
Tout le monde reconnaît et dénonce les abus des arrêts de travail sévèrement condamnés par le Ministre de la santé. Mais sont-ils le résultat évitable de la perversion d'un système - la socialisation de la santé - ou ne sont-ils pas au contraire la résultante implacable des incitations et signaux envoyés par ce système ?

Permettez-moi d'illustrer ce propos en vous parlant d'un type nouveau d'arrêt de travail exploré par certains étudiants.
 
Alors que je demandai à un étudiant une explication sur son absence à mon examen final, absence qui à défaut d'être justifiée entraînerait un zéro pointé aux conséquences fâcheuses, je me vis produire un certificat médical.

Le document attestait que mon candidat était victime d'un "malaise" le fixant au lit le mardi 18 mai de 17h à 19h...le créneau horaire de la fameuse épreuve. Sans aucun état d'âme, le lascar avoua qu'il n'était pas malade mais qu'il n'était pas prêt à affronter ma matière. Et il était tellement facile d'obtenir un certificat médical...

Muni du document magique, je téléphonai au médecin pour lui exprimer mes interrogations. Certes, je ne suis pas docteur en médecine - mais seulement docteur en économie -, mais il ne fallait pas être un grand spécialiste pour constater que mon larron avait échappé commodément à l'évaluation sur le dos de la solidarité collective. Confus, le médecin avoua sa faiblesse, tout en m'expliquant, pour sa défense, que si ce n'était pas lui, il y aurait toujours un autre médecin pour répondre à ce type de démarche.
 
Nous ne sommes pas légion à pousser la conscience professionnelle jusque là. Mais, en téléphonant ainsi au cabinet médical, je voulais aussi être rassuré sur la réalité d'un trouble dont j'avais peur d'être soudainement atteint.

Car, pardon de vous imposer cette confession obscène, je fais partie de cette catégorie de gens bizarres (les entrepreneurs) dont la perspective d'un arrêt de travail provisoire (grève, maladie) ou définitif (retraite, décès) terrifie au plus haut point.

De plus, j'étais plutôt gêné dans ce rôle inquisiteur depuis qu'un collègue syndicaliste m'a reproché un jour de porter atteinte à la vie privée de notre secrétaire alors que je m'interrogeai sur la réalité d'une maladie après une dizaine d'arrêts de travail judicieusement choisis en moins de douze mois.

Voir fleurir ainsi de nouvelles épidémies sans nom parmi la population estudiantine, précisément dans les périodes d'examen, a toujours émoustillé en moi la curiosité malsaine du chercheur iconoclaste. Et n'est-ce pas la fonction d'un docteur en économie que d'être à l'affût de ces multiples symptômes annonciateurs d'une grave crise pouvant délabrer irrémédiablement le corps social ?

Jean-Louis CACCOMO

Maître de Conférences en sciences économiques à l'Université de Perpignan




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