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Annus Horibilis


Introduction Vincent Faÿsse

Les vertus d'une crise


Que nous parlions de graves troubles sociaux ou d'émeutes, ce que nous avons vécu ces dernières semaines ne peut laisser indifférent.
Quelles sont les causes de cette violence qui s'est exprimée dans nos banlieues : un sentiment de discrimination, une absence d'identité, de la négligence de la part des gouvernements successifs ?
Ces violences sont-elles uniquement d'origine sociale ou y a-t-il une dimension religieuse,
Cette crise marque-t-elle uniquement la fin d'une annus horribilis de la France, En effet, 2005 a vu le rejet par les Français du Traité Constitutionnel Européen, début juillet la candidature de Paris à l'organisation des Jeux Olympiques arrivait derrière celle de Londres et pour finir la dette de l'Etat vient d'être réactualisée pour atteindre 2000 milliards d'euros.
La France, autrefois terre d'asile, est aujourd'hui devenue une société de la peur, une société de défiance, la location d'un appartement nécessite une multitude de documents en tout genre et des garanties financières solides et le créateur d'une entreprise devrait avoir trois années d'exercices avant d'obtenir de l'aide des banques ;
Les gouvernements successifs se sont penchés sur le problème du chômage qui est sans doute une préoccupation majeure dans notre pays. Les nouvelles mesures pour l'embauche vont sûrement dans le bon sens, mais ne devrait on aller plus loin. ;
La crise des banlieues est une fissure dans notre modèle français et il ne faudrait pas que cette fracture se transforme en volcan, ou alors, préparons-nous !


« 2005 ANNUS HORIBILIS »

Compte-rendu de l'analyse développée le 01/12/05 par
Jean-François MATTEI
au
CLUB DE L'EMBARCADERE DE LYON
sous la présidence de
VINCENT FAYSSE


La montée de l'insécurité fissure l'unité de la République. La « question des banlieues est-elle chargée de sens ou l'expression d'une exaspération gratuite, voire ludique (certains émeutiers ont dit « vouloir s'amuser ») ? Le développement de la « violence banalisée » (selon le schéma d' Hannah Arendt pour le Mal) s'explique par la démission des Elites et le renoncement de l'Etat.


Il 'existe dans la société un seuil de violence irrépressible endémique, comme est en chaque humain une part violente.

La plupart des émeutiers confondent puissance publique légitime (cf. Max Weber) et violence. C ‘est l'échec civique et moral de la société sans violence privée voulue par Richelieu, et du modèle familial français. Nombre d'entre eux viennent de familles mono ou multi parentales et/ou sont mal scolarisés. Ils manquent de « tuteurs ». La crise des institutions familiales a pour racines la démission des parents et des institutions la décadence scolaire, sociale et politique.

Alors que la connaissance est la clé de toute maîtrise, sur le lieu même de l'enseignement la violence physique, intellectuelle et pédagogique est quotidienne. L'Instruction Publique de Jules Ferry, transformée en Education Nationale, ne peut tenir son objectif de formation de l'homme et du citoyen. Cela rend impossible l'intégration et favorise le développement de l'économie souterraine. Alors que l'Etat devrait maîtriser le changement permanent pour organiser lune vie en commun, l'Espace Public (Hannah Arendt) développe des exclusions (chômage, pauvreté). Statistiques et analyses sur le terrain montrent que l'immigration et le chômage présentent une croissance persistante provoquant la déliquescence de la politique scolaire et le blocage de la société par développement d'un cycle quasi rituel de violences, crises sociales


- violence de prédation, celle physique des délinquants et criminels
- violence sociale , née de la faiblesse de l'économie. Chômage et pauvreté, font le lit de la violence de prédation, qui banalise la barbarie.
- violence symbolique, immatérielle, dans les comportements, le langage.

Violence est faite à la langue, qui ne répond plus aux réalités sociologiques. Les discours politiques se répètent mais nul ne peut plus « appeler un chat un chat ». Les glissements sémantiques (« incivilités » pour délits et crimes, « jeunes » pour délinquants ou criminels), la généralisation spontanée (tous ne sont pas « jeunes ») et la stigmatisation des groupes ou des personnes provoquent des réactions incontrôlables (contre Nicolas Sarkosy ou Alain Finkelkrault).Thucydide dénonçait déjà « changer les mots quand les choses ne peuvent l'être ». La crise du langage vient de cet insidieux détournement linguistique pratiqué par le Politique qui n'ose plus dire le vrai. Mais la réalité se venge. Le virus de la violence se développe, faute de l'antivirus éducation.

La démission des Elites est à l'origine de la destruction des Valeurs de la République au profit de valeurs ethniques qu'illustre Le « Bleu, Blanc, Rouge » devenu « Black, Blanc, Beur » ( coupe du Monde de football 1998).

Le corps social doit pouvoir parler via un relais médiatique, rôle habituellement dévolu aux Intellectuel. Ils doivent donc avoir plus d'exigence morale. Mathieu Kassovitz en « se retenant pour ne pas aller brûler les voitures avec les émeutiers » prouve la trahison des Elites. Et, en face, l'élite républicaine (« par méritocratie ») est silencieuse de peur de « provoquer ». Car en France, la parole n'est plus libre (cas Finkelkraut).

L'Etat renonce à ses fonctions régaliennes, pourtant il est de plus en plus présent dans le domaine administratif. L'Etat n'est plus gouverné mais géré. Or la gestion relève de l'Economie, non du Politique. L'homme politique doit gouverner, sinon le navire ne sait plus où il va.

L'état casse la souveraineté nationale s'il permet que le sujet ne se soumette pas aux lois. Il démissionne devant les politiques qui ne respectent pas les lois (Noël Mamère (« faucheur » avec José Bové, célébrant de mariages hors la loi). La conséquence est l' arrêt d' un métro à 21 heures pour éviter des « incivilités ».

La « volonté générale » ne dépend ni des volontés individuelles ou de groupe, elle ne se confond pas avec celle de tous, à défaut la démocratie s'auto détruit. L'Etat a pour mission d'assurer la stabilité (Machiavel : « lo stato », ce qui est stable), garantie contre l'anarchie (Schmuel Trigano).


Le corps social est frappé de conflits, faute d'orientation vers les Valeurs, alors que les exigences morales, scolaires, éducatives, sociales et politiques sont de plus en plus nécessaires. A Athènes, modèle historique de la Démocratie politique (Clisthène), la Loi passe avant l'Individu. Ensuite Rousseau fera référence à « la volonté générale », puis Benjamin Constant constatera l'évolution vers une « mosaïque d'espaces particuliers ». Confrontés à cette dérive d'une démocratie participative à une démocratie privative (passive), souvenons- nous du propos de Louis Althusser: « la démocratie exige une conversion de l'homme privé en homme public ».






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