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A propos de la colonisation
Quand un pays ne se projette plus dans l'avenir, et quand ses dirigeants ont du mal à comprendre le présent, il est toujours tentant et réconfortant de réécrire le passé, notamment en instruisant le procès de l'histoire à la lumière des codes en vigueur aujourd'hui.
Encore une fois, Frédéric Bastiat fut un visionnaire que personne en son temps n'eut la lucidité d'écouter, que ce soit parmi les "progressistes" de gauche ou bien parmi les conservateurs. Tous étaient convaincus des bienfaits prodigués par l'Etat. Et comme l'action de l'Etat ne pouvait être que bénéfique, il fallait donc en faire profiter d'autre peuples, avec ou sans leur consentement. On ne demande même pas l'avis aux français.
Tel était à l'époque le défi de la colonisation farouchement défendu par la gauche et la droite. Aujourd'hui, on se demande si la colonisation a produit des aspects positifs pour les pays colonisés. Il serait judicieux de se demander si elle a eu des aspects positifs pour la France elle-même. On aurait mieux compris pourquoi Frédéric Bastiat s'opposa à l'aventure coloniale. Mais, il se mit la classe politique à dos en étant contre l'expédition en Algérie, convaincu que la colonisation était une extension logique d'un mal qu'il a dénoncé toute sa vie : l'interventionnisme sans limite de l'Etat dans les affaires publiques et civiles. « Qu'allions-nous faire dans cette galère ? » aurait-il pu dire avec le vocabulaire imagé de notre jeunesse engagée. Nous y sommes allés et nous continuons de payer chaque jour le prix de nos ambitions civilisatrices.
Ceci dit, il est facile de réécrire l'histoire. La gauche est contre la colonisation après la colonisation, comme elle est contre la guerre, contre l'occupation, contre l'esclavage, contre la misère qu'elle se complait à propager dans les pays détruits par la mise en application de son idéologie totalitaire. Ils sont nombreux ceux qui sont prompts à enfoncer les portes béantes, et à s'opposer bravement aux grands périls quand ceux-ci sont des vestiges du passé.
Il faut rappeler avec force que la colonisation n'est que l'aboutissement de la construction de l'Etat-providence. Et l'Etat-providence est nécessairement conquérant, liberticide et centralisateur puisqu'il prétend être le régulateur suprême de l'ordre économique et social. Lorsque cet ordre se mondialise, l'Etat-providence devient impérial. La colonisation n'est ni pensable ni possible avec l'Etat minimal garant des droits fondamentaux des individus, condition ultime de la liberté des peuples alors que l'Etat-providence prétend apporter ses bienfaits aux peuples qu'il annexe dans ses entreprises colonisatrices. Certes, des avantages sociaux bien réels suscitent l'envie de tous les peuples de la planète qui auraient volontiers subi la colonisation de type française. Pourtant, rares sont les anciennes colonies françaises à avoir connu la dynamique de croissance des pays émergents. Elles sont le plus souvent embourbées dans les mêmes problèmes (centralisme, corruption, manque de transparence des comptes publics) qui contrarient chez nous notre propre développement intérieur.
Pourquoi ceux qui dénoncent aujourd'hui la colonisation, en ne retenant que ses aspects négatifs, ne réclament-ils pas la sécession et l'indépendance des départements et territoires d'outre-mer ? Pourquoi certains pays nouvellement indépendants aimeraient retourner dans le giron douillet de la métropole, pour bénéficier des RMI et autres largesses sur le dos du contribuable colonisateur ? Pourquoi le président de la république française, à chacune de ses tournées en Afrique du Nord, est accueilli par une foule en délire de jeunes réclamant des visas français ?
Qu'allions nous faire en effet dans cette galère ?
Jean-Louis Caccomo,
     
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